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Il y a une chose que je ne parviens pas à vous dire, c'est pourquoi je prends le temps de vous écrire cette petite lettre. Rien de grave en somme, et il m'arrive même de penser qu'il est anormal que j'aie à vous le dire, mais c'est l'usage, et notre époque me contraint à vous le dire explicitement : je suis homosexuelle. Je reste sûr que si vous ne vous l'avouez pas, vous deviez vous en douter fortement. Je me suis découverte et accepté en tant que tel peu après mon quinzième anniversaire. Le secret pèse lourd, ainsi me suis-je confié auprès des personnes de mon entourage en lesquelles j'ai le plus confiance, et j'ai mis certaine personnes de notre famille dans la confidence, au prix d'interminables minutes d'anxiété, suivies d'un intense soulagement, et d'une grande libération. A tout ce monde, soit plus d'une dizaine de personne, j'ai su l'écrire, parfois le dire, assez facilement, mais je n'ai encore jamais réussi à sauter le pas avec vous deux. Sans doute la crainte d'une réaction négative me freinait plus dans votre cas que dans les autres. Les amis, on peut en changer, pas les parents, ce qui rend la chose encore plus délicate. Pourquoi l'écrire et non le dire ? Vous savez aussi bien que moi que je suis d'un naturel stressé, si à cela doit s'ajouter les craintes de deux réactions, et les explications qui s'ensuivent, je suis convaincue que ma voix aurait pris des vacances loin. Qui plus est, l'écrit me permet d'aller au devant de certaines interrogations qui pourraient vous traverser l'esprit. Ensuite, ce sujet est quasiment tabou, c'est un fait d'époque. Moi-même qui le vis au quotidien je ne peux parfois pas en parler librement. De mon point de vue, votre intérêt se situe dans mon bonheur, et je suis heureuse de vivre comme ça, même si les remarques à propos du temps où « j'aurai un copain » ou sur mes amies «qui sont des dépravée sexuelle » sont frustrantes et blessantes, je ne vous en veux pas, la tendance dominante de notre époque etant aux standards. Le fait de vous l'avouer constitue pour moi un accomplissement, un nouveau début. Après cela, je peux aspirer à vivre comme je suis, et non comme vous voulez que je sois. Je ne vous demande pas de l'accepter, ni même de me donner votre accord : ça n'est pas le but. Ce qui me motive, c'est que vous me voyez tel que je suis, et que je sois libéré de ce fardeau si lourd à porter. Sa ne doit pas être facile à lire, et croyez moi, ça l'est encore moins à écrire, mais c'est un mal pour un bien. On voit bien souvent les lesbiennes comme des gens frivoles, perverses, camionneuse. Ce n'est heureusement que le cas d'une minorité, de la minorité que l'on voit, qui se montre. Je ne pense pas avoir besoin de le dire, mais il est évident que je n'appartiens pas à ceux là. Pour moi, être homosexuelle ne veut pas dire que je couche avec des femmes, mais que j'aime les femmes (ce qui, soit dit en passant, ne m'empêche pas d'apprécier la beauté d'un homme). Je ne peux pas expliquer pourquoi, c'est un fait qui s'est presque imposé à moi, que j'ai tenté de combattre pendant un peu plus d'un an avant de m'accepter réellement. Enfin, la question qui revient le plus souvent, c'est « en est-tu sûr ? ». Oui. J'en suis certaine. Je ne dis pas que c'est un fait immuable, certaines choses sont vouées à changer, d'autres à rester les mêmes. Comment je le sais ? Je n'en sais rien, je le ressens, c'est comme ça que je suis heureuse. Je vous demande seulement de ne rien changer de votre comportement envers moi, même si la requête est stupide. Je n'ai pas changé, c'est juste votre perception qui s'est affinée, ou du moins officialisée. Merci.
Cécilia.
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